Le Bol d'Or de Maxime Gucciardi

Après son aventure aux 8h d'Oschersleben, Maxime renouvelle l'expérience de l'endurance au sein du team ATOMIC MOTOSPORT #68...

"C’est LE grand évènement de l’année : le retour du Bol d’or sur le mythique circuit Paul Ricard au Castellet (83)

C’est dès le mardi que nous rejoignons l’équipe d’Atomic Motosport, une équipe que je connais désormais car c’est avec eux que j’avais fait les 8H d’Oschersleben en Allemagne.
Pour cette course de 24h, nous allons nous relayer à 3 pilotes sur Suzuki 1000 Gsx-R toutes les 50 minutes (autonomie du réservoir 24L). Notre moto présente un léger manque de puissance par rapport aux motos concurrentes mais nous comptons sur sa fiabilité pour aller au bout des 24h de course sans embuche. C’est un nouveau circuit pour nous, le circuit le plus rapide de France. D’une longueur de presque 6kms, avec une vitesse moyenne de plus de 170 km/h et une ligne droite de 1.8 kms qui permet de dépasser les 300 pendant plusieurs secondes !!!!

Les essais se passent bien, la météo sera clémente toute la semaine mais nous avons très peu de temps de roulage. En effet à peine le temps d’apprendre le circuit que nous voilà déjà aux qualifs. Les chronos descendent et nous voilà qualifié 21ieme au général sur 55 équipages !

La veille du départ, l’excitation se fait déjà sentir, il est difficile de trouver le sommeil et le bruit des dizaines de milliers de spectateurs autour du circuit n’arrange pas le problème. Il faut pourtant dormir car la journée de demain va être longue et éprouvante.

Samedi matin : réveil à 7h pour une réunion avec l’équipe : pilotes, mécanos, chronométreurs, ravitailleurs pour mettre au point le déroulement de la course et surtout des ravitaillements. Ce sont des moments clés pour perdre le minimum de temps car des secondes perdues dans les stands sont beaucoup plus faciles à gagner que sur la piste !

C’est le moment du départ, les tribunes sont pleines, l’organisation annonce 125 000 spectateurs ! C’est Stéphane mon coéquipier qui se pliera à cet exercice. Il fait grand beau, il y a une ambiance de folie, la foule est en délire j’en ai la chair de poule !
Toutes les motos sont en épi le long du mur qui sépare la piste et les stands. Les pilotes sont de l’autre côté, prêts à bondir à la baissée du drapeau tricolore.. le public décompte, 15h00 pile c’est parti !

Stéphane part bien. A la fin de son relais, nous sommes 16ieme au général. Je prendrai le guidon en 3ieme. Kenny le 2nd coéquipier, sympathique canadien, rentre de son relais, ça y est c’est à mon tour !
A peine le plein effectué, je bondis au guidon, et gaz c’est parti ! J’enchaine des tours réguliers pendant mon relais. Le vent s’est levé par rapport à la veille, les rafales nous surprennent parfois mais je m’efforce de garder les bonnes trajectoires pour être efficace. En effet sur un circuit aussi rapide, la précision des trajectoires et l’utilisation de la piste sont primordiales pour réaliser de bons chronos. Curieusement, le relais est passé assez vite. Et la grande ligne droite permet de bien respirer pour s’économiser.

Le premier relais est fini, nous n’avons pas beaucoup de repos, je rassure l’équipe que tout va bien sur la moto et je m’empresse de me déshabiller. Entre chaque relais il faut s’efforcer de boire bien sûr mais aussi s’alimenter : portion de pâte ou barre de céréales. Ensuite passage chez le kiné qui s’avère nécessaire ici. En effet, avec les hautes vitesses sur ce circuit, le kiné me remet plusieurs cervicales en place après chaque relais !

Je me prépare déjà pour mon 2ieme relais, j’aurai le soleil couchant. Super beau ! Mais terriblement aveuglant ! Le relais se passe bien, le soleil descend au fur et à mesure jusqu’à disparaitre de l’horizon. Les couleurs sont magnifiques, quel pied ! J’arrive à terme de mon relais, malgré la fatigue je n’ai même pas envie de rentrer devant ce spectacle somptueux.

Il fait nuit ça y est, je vais partir pour mon relais, j’attends impatiemment la rentrée de mon coéquipier en regardant les phares débouler à toute vitesse dans la ligne droite et s’enfoncer dans la nuit. C’est parti pour la magie de la nuit, des lumières de partout autour du circuit, les flashs qui crépitent dans les tribunes. Même si le circuit est assez bien éclairé, certains repères du jour sont invisibles la nuit ce qui m’oblige à en trouver d’autres : des éclairages particuliers, ou même le régime moteur. La grande ligne droite est dans le noir, ce qui procure des sensations extraordinaire, la vitesse est décuplée !! Je fais des aspirations et je vois l’intérieur de l’échappement de la moto devant moi rouge incandescent !
Il est minuit, j’ai terminé mon relais et suis armé de ma gourde d’eau devant mon assiette de pâtes, la fatigue commence à se faire sentir… et nous ne sommes pas encore à la moitié de la course… nous sommes 16ieme au général.

La nuit se poursuit, je parviens à dormir un peu, entre 2h et 3h du matin, mais le sommeil est vite coupé, on toque à la caravane pour me réveiller. C’est à mon tour dans une trentaine de minutes, temps nécessaire pour bien se réveiller et s’habiller. J’ouvre les yeux, me redresse dans le lit, marque un temps d’arrêt et me pose une question : qui a inventé ça ???? J’ai les traits tirés mais l’équipe compte sur moi, il faut y aller ! Les 2 premiers tours ont été compliqués mais une fois sur la moto, et malgré la fatigue, le plaisir revient et avec lui les bons chronos.

Il est environ 6h50, nous sommes 12ieme au général, et je vois au fil des tours l’horizon qui s’éclaircit, le jour se lève !! Et j’assiste de nouveau à un spectacle grandiose ! Le relais fini, je suis vraiment fatigué, j’ai faim mais impossible de manger car j’ai des nausées, causées par les manipulations répétées au niveau des cervicales par le kiné…

C’est 10h, les dernières heures de course ! Les plus longues ! Les tours s’enchainent, la fin approche, je scrute l’écran. Il y a eu pas mal de casse moteur la nuit, de chutes et nous nous retrouvons 9ieme au général, 5ieme de notre catégorie mais il y a peu d’écart, il faut maintenir la pression !

C’est Kenny qui prend le dernier relais, toute l’équipe est dans le box, des mécanos en passant par les cuisiniers, assis devant l’écran. Je suis assis avec eux, par terre, la tension est palpable et nous maintient éveillés. Il reste 10 minutes, ma gorge se noue au fur et à mesure des minutes... C’est le dernier tour, les derniers mètres, et c’est le damier !

Ça y est, c’est terminé !! Tout le monde hurle de joie, je ne réalise pas, nous terminons 5ieme de notre catégorie, 1ere Suzuki privée, les larmes montent et je ne peux les retenir, tout le monde s’embrasse, c’est une libération après 662 tours, 3840 kms, de fatigue, de douleurs…

Je ne pourrai jamais assez remercier toute l’équipe, les partenaires, les accompagnants, les supporters. Ce sont des moments à jamais gravés que j’ai vécu ici...

La saison s’achève ainsi sur une bonne note, RDV en 2016 pour de nouvelles aventures j’espère aussi fortes en émotions."

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